La conscience règne, OK ?

La conscience règne, OK ?

Je me souviens quand, il y a des années, j’écoutais l’un de mes amis parlant de Krisnamurti. Il était dans les enseignements de Krisnamurti exclusivement, tandis que je glanais des miettes de sagesse partout où je pouvais. Il pouvait parler des heures sur ce grand homme, répétant certaines des déclarations qui l’avaient tant impressionné. Deux en particulier me sont restées en tête, principalement parce qu’elles semblaient tellement manifestement ridicules. « La connaissance est la barrière à la découverte » et « L’inconscience n’existe pas ».

Pour moi, c’étaient des déclarations grotesques. Comment un homme illuminé spirituellement pouvait-il être dans l’erreur à ce point ? La question m’ennuyait vraiment. S’il avait raison, comment pouvais-je, et la plupart des autres gens, avoir tellement tort ? Ma vie d’alors était dominée par ma quête spirituelle de réalisation du Soi, mon illumination spirituelle. Je lisais nombre des livres qui étaient disponibles à cette époque mais je n’ai jamais réussi à entrer dans les livres de Krisnamurti. Pour moi, il parlait par énigmes. Je réalisais vraiment qu’il était un intellectuel tandis que j’étais beaucoup une personne de cœur et comme je le sais aujourd’hui, le cœur et le cerveau parlent des langues différentes.

Bien que j’aie pensé qu’il était dans l’erreur, je ne pouvais jamais rejeter ses mots. Ils me collaient, tapant comme des sourds sur le bord de ma conscience, délitant mon assomption pleine de suffisance que j’avais raison. La logique semblait certainement être de mon côté. Il était parfaitement logique que la connaissance soit le « chemin » véritable de la découverte, non la « barrière », et en ce qui concerne la non existence de l’inconscient, eh bien, c’était ridicule. Que se passerait-il si je cognais sur la tête d’une personne avec un morceau de bois ? Elle tomberait, inconsciente ! Alors pourquoi, oui, pourquoi Krisnamurti ferait-il une déclaration si évidemment fausse ? C’était le facteur qui m’embêtait.

Des années plus tard, à l’âge de quarante neuf ans et trois mois… tout a changé. Pour faire simple, j’ai connu l’Eveil. Avec la réalisation du Soi, je suis entré dans une « connaissance » de la vie. Sachez bien que l’illumination spirituelle n’est pas la fin du voyage, ce n’est qu’un nouveau commencement ; cependant c’est un « saut » profond dans la conscience. Et sachez bien que l’illumination spirituelle n’est pas une expérience qui se produit dans le temps linéaire. Bien qu’il y ait un moment linéaire  – ‘un temps/une date’ linéaire-  l’illumination spirituelle est une expérience qui se produit pour toujours dans la conscience du moment. Donc, avec cette expérience, toutes les remarques de Krisnamurti qui avaient été grotesques, provocatrices et apparemment fausses, ont émergé hors du brouillard de l’intellect dans la clarté de la Vérité. Bien entendu, il avait raison. Comme base de cet article, je vais prendre la deuxième affirmation, « L’inconscient n’existe pas », et je vais faire de mon mieux pour l’expliquer.

La conscience n’est pas un sujet qui surgit dans la conversation de tous les jours et pourtant c’est un état d’être qui est avec chacun d’entre nous à chaque instant de nos vies. La conscience n’est pas quelque chose dont nous nous rendons compte au quotidien, nous ne la célébrons pas non plus d’aucune façon.  En fait, pour beaucoup de gens la célébration signifie embrouiller et griser encore plus leur conscience. Pour dire simplement, nous ne sommes pas conscients de notre conscience.

Laissez-moi vous présenter l’un des Principes de Vérité qui définit toutes les formes de vie sur Terre : « La conscience attire à elle une forme physique à travers laquelle s’exprimer ; l’expression est conscience. » Cela veut dire que vous et moi sommes des Etres de conscience, exprimant cette conscience spirituelle grâce à nos corps physiques.  En d’autres mots, nous ne sommes pas un corps exprimant la conscience, nous sommes conscience s’exprimant à travers un corps. Il faudrait aussi établir que toute conscience est Une  -pas la vôtre ou la mienne-   mais simplement Une conscience qui s’exprime à travers toutes les formes physiques sur cette planète  -incluant la planète ! J’ai dit que nous ne nous rendons pas compte de notre conscience, mais nous ne nous rendons pas non plus compte que nous respirons, jusqu’à ce que ou à moins que nous n’ayons des troubles respiratoires. Nous ne nous rendons pas compte que nos cœurs battent, que notre sang circule, que nos organes fonctionnent, que nous digérons. Nous sommes contraints de nous rendre compte quand nos intestins ou notre vessie ont besoin d’être vidés et quand notre corps a besoin d’être nourri, mais nous ne nous rendons pas compte de la différence entre une nourriture qui soutient le corps et la prétendue nourriture qui le détruit. Nous ne nous rendons pas compte quand la maladie commence à envahir notre corps et nous ne nous rendons pas compte des besoins vitaux les plus basiques de notre corps jusqu’à ce que nous ayons un problème sérieux. Nous ne nous rendons pas compte qu’en tant qu’Etres physiques, nous sommes des véhicules de conscience. En fait, nous sommes incroyablement inconscients, point à la ligne !

Il n’y a pas beaucoup d’efforts à faire pour montrer à quel point nous ne nous rendons pas compte de la conscience que nous sommes, nous, les humains ; mais dans la Nature c’est une toute autre histoire. Sans entrer dans les détails  -mes livres le font-  Je suis quelqu’un qui a appris à traverser la membrane qui sépare le monde physique du métaphysique. En tant qu’Etre conscient, que peux quitter mon corps physique détendu et qui se repose, pendant que j’entre dans d’autres véhicules de conscience. Je choisis de faire cela avec la Nature, déplaçant ma conscience dans le corps d’un animal ou d’un oiseau. J’ai fait ça des centaines de fois et pas une fois, que ce soit chez les animaux domestiques ou sauvages, je n’ai trouvé un animal qui n’était pas conscient de sa conscience.

L’animal ou l’oiseau se rend toujours compte de sa conscience non pas comme séparée  -comme nous l’expérimentons-  mais en tant que simple unité dans la conscience Entière de la Nature. Cela, ensuite, conduit à une relation extraordinairement différente avec la vie par rapport à celle que nous expérimentons, nous, les humains. Pas meilleure ni pire, simplement différente. L’idée centrale de cette différence tient dans le fait que les animaux se rendent compte du moment conscient en cours dans leur vie. Nous, à la base, ne nous rendons pas compte du moment conscient en cours dans la vie  tandis que la Nature n’en perd jamais la conscience une seconde.

Je me souviendrai de la première expérience que j’ai faite d’un aigle australien Wedge-tailed. J’étais étendu, relaxé, dans l’un de nos champs au pied du Mont Arthur, en Tasmanie, quand cet aigle a entamé un spirale lente, paresseuse, environ cent mètres au-dessus de moi. Je l’ai observé, calme à l’intérieur, détendu, juste avec cette pensée : à quel point ce serait agréable de voler avec l’aigle. Il y a eu une torsion déchirante soudaine et intérieure… et j’étais en train de regarder vers le bas mon corps étendu face contre terre, avec les yeux de l’aigle. L’expérience était merveilleuse mais là où je veux en venir concerne le moment où je voyais avec les yeux de l’aigle. L’aigle regardait à travers les yeux de l’immédiateté.

Nous regardons avec les yeux de notre connaissance, de nos croyances, de nos attentes, de nos désirs, de nos espoirs, de notre intellect, de notre éducation, de nos souhaits, de nos peurs, de nos frustrations, et ainsi de suite, mais pire que tout, nous regardons avec les yeux d’hier. Seuls les enfants regardent avec les yeux de moment, cependant quelque part pendant leurs jeunes années de croissance et d’éducation,  nous leur prenons ce cadeau par inadvertance.  Pouvez-vous seulement imaginer l’impact de voir avec des yeux qui sont en lien uniquement avec la nouveauté vitale du moment ? Cela ne veut pas dire que l’expérience de la vie de l’aigle est enlevée, que l’intelligence n’est pas impliquée, cela veut dire que rien de cela ne se met en travers de la nouveauté et de l’immédiateté du moment. C’est quelque chose que toute l’humanité a perdu, a abdiqué, devant l’urgence de nos vies, devant la collection d’informations, devant la collaboration de la connaissance, et le plus fou de tout, devant la sanction de la science.

L’aigle était conscient du moment, dans le moment. L’aigle, sans intellect, mais avec plein d’intelligence, était conscient de la conscience. Plus que cela, c’était le mouvement de la conscience en moi qui a amené la conscience de l’aigle à faire la connexion. Aigle et personne, très différents dans leurs expressions de conscience, mais tous deux exprimant la ‘même’ conscience. Ce n’était pas le choix d’un aigle de faire la connexion avec un humain ; c’était le choix de l’intelligence au sein de la conscience d’offrir à un humain une opportunité d’expérimenter une plus grande réalité de conscience. Et je l’ai fait.

Toute vie est l’expression de la conscience. Toute vie est conscience en continuité. Cette continuité de conscience ne peut pas être interrompue, corrompue, destituée ou terminée. Qu’un humain soit conscient de la conscience ou pas ne fait aucune différence pour la conscience, même si cela fait une immense différence pour la personne, ou pour les gens, impliqués. Nous avons progressivement développé une façon de vivre qui dépend de plus en plus d’un système de soutien pourtant holistiquement inconscient, et qui dépend de moins en moins de l’intelligence consciente de l’individu. Cela, à son tour, nous a éloignés d’un sens de conscience hautement développé, vers un sens de conscience plus réduit, plus distant. OK… donc je tape sur la tête de quelqu’un avec un morceau de bois et il tombe par terre ‘inconscient’. Faux ! Il tombe par terre parce que la conscience n’a plus la connexion requise au corps physique par l’intermédiaire du cerveau. Si vous passez un coup de téléphone et que l’autre personne raccroche pendant que vous lui parlez, elle n’est pas soudainement inconsciente, elle s’est électroniquement déconnectée de vous. Même chose qu’avec le morceau de bois et la tête de la personne  -une déconnexion soudaine, bioélectrique et biologique !

Marchant dans les pas de Sigmund Freud, les psychologues aujourd’hui enseignent et parlent de l’inconscient collectif humain. Il n’y a pas d’inconscient collectif humain ! Pas plus qu’il n’y a d’émotions inconscientes. Mais cela dit, la plupart des émotions sont impliquées en ce qui concerne ne pas être conscient de la conscience. Vous ne pouvez pas plus avoir d’in-conscience que vous ne pouvez avoir d’ ‘in-vie’. Même dans la mort il y a la pleine conscience de la continuité de l’expérience humaine. Cependant on a dit que s’il y a peu ou pas de conscience d’être complètement conscient de la vie, la situation ne va pas s’améliorer au cours de l’expérience que nous appelons la mort. Cela ne vaut rien, il y a des milliers d’incidents répertoriés de gens sur la table d’opération, complètement anesthésiés, qui ont décrit par la suite tout ce qui s’est produit pendant leur opération à leur chirurgien ébahi, souvent incrédule. Un humain qui ne se rend pas compte de la conscience quand il a pris un coup sur la tête n’est pas différent d’une personne qui ne se rend pas comte de la conscience dans la vie normale de tous les jours. Mêmes conditions  -non conscience chronique ! En fait, c’est tellement grave dans l’humanité que c’est devenu de la non conscience terminale. Si une personne est frappée à la tête, elle cesse de se rendre compte de la conscience du moment ; c’est ce qu’on appelle l’inconscience. Cela doit donc impliquer que si les gens dans la vie de tous les jours ne se rendent pas compte de la conscience du moment, ce sont des personnes inconscientes qui marchent, travaillent. La simple réalité est que les gens, aujourd’hui, ne sont pas consciemment impliqués dans leur propre vie. Pour bien trop de gens, la vie est un évènement en dehors du Soi. La vie est quelque chose dont nombre de personnes ont peur subconsciemment, quelque chose à quoi ils réagissent et qu’ils craignent. Tout cela accompagne un manque de conscience de la conscience. Si vous êtes conscient et que vous vous rendez compte de votre vie moment après moment, vous êtes rempli d’une incroyable admiration pour le Mystère de la vie, d’une appréciation profonde pour le miracle qu’est la vie. Krisnamurti l’a dit correctement : l’inconscience n’existe pas. Si vous pouvez vous focaliser sur la conscience de votre propre vie, si vous pouvez vous rendre compte de vos choix conscients, du flot de la vie au sein du Soi, alors éventuellement vous vous connectez avec le Mystère, aussi connu en tant qu’Inconnu !

Qu’est-ce que le Mystère ? Je ne vais pas tenter de répondre à cela, parce que le faire n’est pas important. Cependant si vous embrassez le Mystère sans tentative de le comprendre, vous trouverez que toutes les barrières à la découverte tombent. Si, en utilisant la connaissance, vous tentez de comprendre le Mystère, de rendre l’Inconnu connu, vous trouverez que la connaissance est une barrière à la découverte.

Alors que se passe-t-il quand les gens conscients vivent sans une focalisation complètement consciente ? Cela veut dire qu’ils sont contraints de vivre à partir du niveau du subconscient. Si on vous décrivait comme ‘sousnormal’, cela voudrait dire que vous êtes moins que normal. Vivre subconsciemment veut dire exactement cela : vivre moins que consciemment. Apparemment, la plupart des gens passent plus de quatre vingt dix pour cent  -oui, 90% !-  de leurs vies à un niveau subconscient. Pensez à ça. Environ quatre vingt dix pour cent de votre vie est moins que pleinement consciente. Environ quatre vingt dix pour cent de votre vie en seconde main. Environ quatre vingt dix pour cent de votre vie à répéter votre passé. Environ quatre vingt dix pour cent de votre vie enfermé dans un schéma répétitif de la même chose. Ne vous étonnez pas du ‘déjà vu’ ! Environ quatre vingt dix pour cent de votre ‘nouveau’ ne vous est pas accessible. Toute la colère, toutes les réactions négatives, toute la peur, toute la violence, toute l’intolérance, toute la rage, toutes les guerres, etc. viennent de, et impliquent, des personnes qui vivent subconsciemment. Une personne pleinement consciente a une relation d’ « amour » avec la vie. Voilà comment être conscient de la conscience s’exprime dans l’humanité. Vous ne pouvez pas vous rendre compte du flot de la conscience dans toute vie et en même temps vivre de façon terre-à-terre. Quand vous percevez la magnificence dans la vie consciente, la magnificence s’exprime aussi à travers vous. De façon équivalente, à moins que vous ne soyez préparé et désireux de devenir conscient de la conscience de la vie, vous demeurez non éveillé spirituellement.

Il semblerait très étrange d’accepter qu’un lapin puisse être pleinement conscient dans l’instant tandis qu’un humain ne le peut pas. De toute évidence, une telle façon de penser a un défaut. Si un lapin peut être pleinement conscient dans l’instant, alors il est sûr qu’avec le plus grand potentiel d’un humain, nous pouvons être super-conscients dans l’instant. C’est vrai, nous le pouvons, mais avant que nous puissions vivre à partir de notre état de super-conscience, nous devons vivre consciemment. C’est-à-dire conscients de la conscience.  En vivant subconsciemment, ce qui n’est ni mal ni faux, nous sommes dans un lieu où fonctionnent les victimes de la vie. C’est le lieu de l’accusation et du blâme, de la douleur et de la peur, de la souffrance et de la maladie.

Si vous êtes une personne créative vous savez déjà que vous devez être pleinement conscient pour créer du nouveau. Vous pouvez copier et imiter subconsciemment, mais pour créer du nouveau, comme un poème ou une œuvre d’art ou une invention, vous devez être pleinement conscient dans l’instant de votre création.

Il semble qu’il soit accepté aujourd’hui que notre cerveau contrôle la façon dont nous fonctionnons dans la vie, avec notre cerveau qui mène la barque. C’est le fonctionnement subconscient du cerveau et bien que cela puisse sauver la vie, cela peut aussi détruire la vie. La simple réalité est que vous et moi devrions avoir le contrôle sur notre cerveau, et non pas subir le contrôle de notre cerveau. Faire cela requiert qu’au lieu de revivre le passé subconscient, nous vivions le moment conscient. Directement, sans histoires et sans discuter, le cerveau opère à un niveau différent et un nouveau potentiel est disponible.

Donc vous souhaitez vivre consciemment  -vrai ? Exercez-vous à être conscient.  Quand vous vous réveillez le matin, passez quelques moments à passer votre conscience focalisée sur votre corps. Développez un  sens d’appréciation consciente pour les facultés de votre corps. Comme : je peux voir  -mon Dieu, c’est merveilleux. Je peux sortir du lit et marcher, fantastique. Et ainsi de suite. Au fur et à mesure de votre journée, prêtez votre attention à tous ces attributs physiques et mentaux de temps en temps. Quand la vie devient un peu menaçante, focalisez-vous sur ces attributs et de nouveau, ‘ressentez’ cette sensation d’appréciation consciente. Quand vous regardez les gens, ‘voyez’ les réellement. Si vous choisissez d’écouter les gens vous parler, ‘écoutez’ réellement. Il n’y a rien que vous devriez être ou ne pas être pour être conscient. Il s’agit d’être ‘pleinement conscient’ avec vos actions et de vos actions. Au fond, la plupart des gens font une chose en pensant à d’autres choses. Où se trouve leur attention ? Elle est dispersée et déplacée. C’est là que se produisent les accidents et les mésaventures, la douleur et la souffrance.

La nature est complètement focalisée à faire et être une expression consciente unique. Les gens ne sont pas focalisés. Et faire et être sont principalement des expressions duelles subconscientes en conflit. Nous ressortons perdants de cela. Oh, nous pouvons être riches mais nous passons à côté de la continuité consciente de la vie. La vie n’est pas un évènement « une durée de vie un point c’est tout ». La vie est un processus en continu soit de conscience consciente en croissance, avec ses récompenses, soit de conscience consciente en déclin, et tout ce que cela implique. Quand nous sommes pleinement conscients il nous est donné de choisir dans la vie. Quand nous ne sommes pas pleinement conscients nous obtenons nos répétitions subconscientes, plus de la même chose. Faites le choix de vivre pleinement conscients de la conscience.  Cela ne se fera pas facilement, mais ce n’est pas difficile non plus. L’habitude est le royaume du subconscient ; la nouveauté est le terrain d’expérimentation de la conscience consciente. Choisissez la nouveauté… parce que ne pas choisir veut dire plus de la même chose !

La réalité simple est  que… la conscience règne, OK ?